C'est le geste qui ouvre Chabbat, et il concentre presque toutes les questions pratiques du vendredi : l'heure, qui allume, combien de bougies, la bénédiction et son ordre, et ce qu'on fait quand on a oublié. Cette page les reprend une à une, avec le texte des sources qui les fondent. On écrit indifféremment bougies de Chabbat, Shabbat ou Sabbat ; en hébreu c'est la hadlakat nerot, l'allumage des nerot Chabbat, et la bénédiction qui l'accompagne est souvent appelée « la prière des bougies ».
אחד האנשים ואחד הנשים חייבים להיות בבתיהם נר דלוק בשבת…
« Les hommes comme les femmes ont l'obligation d'avoir chez eux une lampe allumée pendant Chabbat. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 263:2
Le séif continue en disant à quel point l'obligation est sérieuse : même quelqu'un qui n'a pas de quoi manger demande aux portes, achète de l'huile et allume la lampe — car cela fait partie du plaisir de Chabbat (oneg Chabbat).
L'obligation pèse donc sur tous, et le séif suivant explique pourquoi ce sont les femmes qui l'accomplissent en pratique :
הנשים מוזהרות בו יותר מפני שמצויות בבית ועוסקות בצרכי הבית…
« Les femmes y sont davantage tenues, parce qu'elles se trouvent à la maison et s'occupent des besoins de la maison. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 263:3
Le même séif classe cette lampe très haut dans les priorités : celui qui n'a pas les moyens d'acheter et une bougie de Chabbat et le vin du Kiddouch achète la bougie ; et entre la bougie de Chabbat et celle de Hanoucca, נר שבת קודם משום שלום הבית דאין שלום בית בלא נר — « la bougie de Chabbat passe en premier, à cause de la paix du foyer, car il n'y a pas de paix du foyer sans lumière ».
Le Choulhan Aroukh traite exactement les cas qu'on se pose aujourd'hui.
בחורים ההולכים ללמוד חוץ לביתם צריכים להדליק נר שבת בחדרם ולברך עליו…
« Les jeunes gens qui partent étudier hors de chez eux doivent allumer la bougie de Chabbat dans leur chambre et réciter la bénédiction dessus. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 263:6
Le séif ajoute la réciproque : celui qui est auprès de sa femme n'a pas besoin d'allumer dans sa chambre ni de bénir, לפי שאשתו מברכת בשבילו — « parce que sa femme récite la bénédiction pour lui ».
אורח שאין לו חדר מיוחד וגם אין מדליקין עליו בביתו צריך להשתתף בפרוטה…
« Un invité qui n'a pas de chambre à lui et pour qui l'on n'allume pas non plus chez lui doit participer d'une pièce de monnaie. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 263:7
Ici les usages divergent, et il faut le dire. Le Choulhan Aroukh écrit que lorsque deux ou trois maîtres de maison mangent au même endroit, certains disent que chacun bénit sur sa propre lampe, d'autres hésitent — et il conclut : ונכון ליזהר בספק ברכות ולא יברך אלא אחד, « il convient d'être prudent face à un doute de bénédictions, et un seul bénira ». Le Rama y ajoute une glose de quatre mots : אבל אנו אין נוהגין כן — « mais nous, nous ne faisons pas ainsi » (Orah Haïm 263:8). Chacun suit ici l'usage de sa communauté.
La base est une lampe allumée (263:2). L'usage de deux vient d'une intention rapportée par le Choulhan Aroukh :
…יש מכוונים לעשות שתי פתילות אחד כנגד זכור ואחד כנגד שמור…
« Certains ont l'intention de faire deux mèches, l'une en regard de Zakhor (« souviens-toi ») et l'autre en regard de Shamor (« garde »). »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 263:1
Le Rama, au même endroit : ויכולין להוסיף ולהדליק ג' או ד' נרות וכן נהגו — « on peut ajouter et allumer trois ou quatre bougies, et tel est l'usage ». Il pose aussi la limite du raisonnement : on peut ajouter à une chose qui correspond à une autre, à condition de ne pas retrancher.
C'est la question la plus posée, et le Choulhan Aroukh y répond… sans donner de minutes :
לא יקדים למהר להדליקו בעוד היום גדול שאז אינו ניכר שמדליקו לכבוד שבת וגם לא יאחר…
« Il ne se hâtera pas d'allumer alors qu'il fait encore grand jour, car alors il n'est pas perceptible qu'il allume en l'honneur de Chabbat — et il ne tardera pas non plus. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 263:4
Une seule borne chiffrée est donnée, et elle concerne celui qui veut allumer tôt en acceptant Chabbat immédiatement : c'est alors permis, ובלבד שיהא מפלג המנחה ולמעלה שהיא שעה ורביע קודם הלילה — « à condition que ce soit à partir de plag hamin'ha, qui est une heure et un quart avant la nuit ». Cette heure et quart se compte en heures proportionnelles, pas en minutes d'horloge : elle change avec la saison.
La borne pratique de l'autre côté, elle, est nette. La Mishna Beroura, à propos de l'entrée de Chabbat :
…יזהר מאד לגמור הדלקתם קודם שתשקע החמה…
« Qu'il prenne grand soin d'achever leur allumage avant que le soleil ne se couche. »Mishna Beroura 261:23
Le même passage précise qu'il ne faut pas attendre le dernier instant, et fixe le repère qui fonde l'usage courant : ומי שמחמיר על עצמו ופורש עצמו ממלאכה חצי שעה או עכ"פ שליש שעה קודם שקיעה אשרי לו — « celui qui se montre rigoureux envers lui-même et cesse tout travail une demi-heure, ou à tout le moins un tiers d'heure, avant le coucher du soleil — heureux est-il ».
C'est de là que vient l'heure imprimée dans les calendriers : une vingtaine de minutes avant la chkia, avec des usages locaux plus larges dans certaines villes. L'heure exacte est celle du calendrier de ta ville — et RebSam affiche les horaires de ta position, dont la chkia.
Le texte de la bénédiction est donné mot pour mot :
…אשר קדשנו במצותיו וצונו להדליק נר של שבת…
« … qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné d'allumer la lumière de Chabbat. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 263:5
Le séif ajoute que c'est valable pour l'homme comme pour la femme, et qu'à Yom Tov on conclut « … la lumière de Yom Tov ».
Reste la question que tout le monde se pose : bénit-on avant ou après ? Le Choulhan Aroukh rapporte les deux avis, et le Rama tranche par l'usage :
…ומשימין היד לפני הנר אחר ההדלקה ומברכין ואח"כ מסלקין היד וזה מקרי עובר לעשייה וכן המנהג…
« On place la main devant la bougie après l'allumage, on récite la bénédiction, puis on retire la main — et cela est considéré comme « avant l'accomplissement ». Tel est l'usage. »Rama, Orah Haïm 263:5
La raison de ce détour est expliquée par la Mishna Beroura : si elle bénissait d'abord, ce serait comme accepter Chabbat explicitement — et il lui serait alors interdit d'allumer. La Mishna Beroura ajoute qu'à Yom Tov ce raisonnement ne s'applique pas, si bien que de l'avis de tous on y bénit puis on allume ; elle rapporte cependant que le Magen Avraham ne distingue pas entre les deux, tandis que « beaucoup d'Aharonim » retiennent la distinction (Mishna Beroura 263:27).
Ce que l'on dit, en le prononçant
Baroukh ata Ado-naï Élo-hénou mélekh ha'olam, asher kidechanou bemitsvotav vetsivanou lehadlik ner shel Shabbat.
« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui nous as sanctifiés par Ses commandements et nous as ordonné d'allumer la lumière de Chabbat. »
L'ouverture — Baroukh ata… — est celle de toutes les bénédictions ; la fin, propre à celle-ci, est citée ci-dessus en hébreu d'après le Choulhan Aroukh.
Le Choulhan Aroukh expose la question comme une véritable divergence : pour le Baal Halakhot Guedolot, dès qu'on a allumé la bougie de Chabbat, Chabbat est entré et tout travail devient interdit ; d'autres soutiennent que l'acceptation de Chabbat ne dépend pas de l'allumage mais de la prière du soir (Orah Haïm 263:10). Le Rama, au même endroit, fixe l'usage :
…והמנהג שאותה אשה המדלקת מקבלת שבת בהדלקה אם לא שהתנה תחלה ואפי' תנאי בלב סגי…
« L'usage est que la femme qui allume accepte Chabbat par l'allumage — sauf si elle a posé une condition auparavant ; et même une condition formulée en pensée suffit. »Rama, Orah Haïm 263:10
Et il précise immédiatement ce qui vaut pour les autres : אבל שאר בני הבית מותרין במלאכה עד ברכו — « mais les autres membres du foyer ont le droit de travailler jusqu'à Barkhou ».
De là une situation très concrète du vendredi soir : elle a allumé, il reste des choses à finir. Le Choulhan Aroukh rapporte un avis selon lequel מי שקיבל עליו שבת קודם שחשכה מותר לומר לישראל חבירו לעשות לו מלאכה — « celui qui a accepté Chabbat avant la tombée de la nuit a le droit de demander à un autre Juif de faire un travail pour lui » — et le Rama ajoute qu'il est permis de profiter de ce travail pendant Chabbat (Orah Haïm 263:17).
Deux règles, courtes et souvent ignorées. La première est un avertissement du Choulhan Aroukh :
…אם אין הנרות ארוכות שדולקות עד הלילה הוי ברכה לבטלה…
« Si les bougies ne sont pas assez longues pour brûler jusqu'à la nuit, c'est une bénédiction en vain. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 263:9
Le séif vise précisément ceux qui allument dans un coin de la maison et mangent ailleurs : la lumière doit encore être là quand on en bénéficie. La seconde est du Rama : וצריך להניח הנרות במקום שמדליקין ולא להדליק במקום זה ולהניח במקום אחר — « il faut poser les bougies à l'endroit où on les allume, et non les allumer ici pour les poser ailleurs » (Orah Haïm 263:10). Le même passage indique que l'allumage essentiel est celui des bougies posées sur la table.
Le Rama donne la règle, et elle est plus nuancée qu'on ne le dit :
…האשה ששכחה פעם אחת להדליק מדלקת כל ימיה ג' נרות…
« La femme qui a oublié une fois d'allumer allume trois bougies tous les jours de sa vie. »Rama, Orah Haïm 263:1
La Mishna Beroura précise trois choses qui changent tout à la lecture. D'abord, ce trois n'est pas un chiffre absolu : il vaut pour celle qui en allumait deux, et ואם היתה רגילה מתחלה בשלשה צריכה להדליק כל ימיה ד' — « si elle en allumait trois depuis le début, elle doit en allumer quatre tous les jours de sa vie » ; à chaque nouvel oubli, une bougie de plus. Ensuite, la raison : c'est une amende (knas), destinée à l'attention portée à l'honneur de Chabbat. Enfin l'exception, décisive : אם נאנסה ולא הדליקה… א"צ להוסיף — « si elle a été empêchée par force majeure et n'a pas allumé, elle n'a pas à ajouter » (Mishna Beroura 263:7).
Et si l'oubli est en train de se produire, c'est-à-dire que Chabbat est déjà entré ? On n'allume plus : la Mishna Beroura demande d'avoir achevé l'allumage avant la chkia (Mishna Beroura 261:23). L'ajout d'une bougie porte alors sur les Chabbatot suivants.
Le siman suivant passe en revue les huiles et les mèches, et se conclut simplement :
שאר כל השמנים חוץ מאלו מדליקין בהם ומכל מקום שמן זית מצוה מן המובחר…
« Toutes les autres huiles que celles-ci, on peut allumer avec — et de toute façon, l'huile d'olive est la manière la plus accomplie d'accomplir la mitsva. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 264:6
Autrement dit : les bougies de cire conviennent parfaitement, et l'huile d'olive est le choix idéal.
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