Huit soirs, une bougie de plus chaque fois — et une série de questions très concrètes : qui allume, à quelle heure, où poser la hanoukia, dans quel ordre allumer, et ce qu'on fait quand l'heure est passée. Cette page les reprend avec le texte du Choulhan Aroukh et de la Mishna Beroura. Le nom de la fête se translittère de plusieurs façons — Hanoucca, Hanouka, Hanouca — et le chandelier à huit branches s'appelle hanoukia (à ne pas confondre avec la menorah du Temple, qui en comptait sept).
…בלילה הראשון מדליק אחד מכאן ואילך מוסיף והולך אחד בכל ליל' עד שבליל אחרון יהיו שמונ'…
« La première nuit il en allume une ; à partir de là il en ajoute une chaque nuit, jusqu'à ce que la dernière nuit il y en ait huit. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 671:2
C'est le même séif qui porte la divergence la plus visible de Hanoucca. Le Choulhan Aroukh poursuit : ואפי' אם רבים בני הבית לא ידליקו יותר — « et même si les membres du foyer sont nombreux, ils n'allumeront pas davantage » : une hanoukia par maison. Le Rama y ajoute aussitôt l'usage inverse :
…וי"א דכל אחד מבני הבית ידליק (רמב"ם) וכן המנהג פשוט…
« Et certains disent que chacun des membres du foyer allume — et tel est l'usage répandu. »Rama, Orah Haïm 671:2
Le Rama ajoute la précaution qui va avec : que chacun pose ses bougies à un endroit distinct, afin qu'on puisse voir combien de bougies sont allumées. Chacun suit ici l'usage de sa communauté — et pour le détail du décompte soir par soir, voir combien de bougies faut-il allumer à Hanoucca.
Sur les personnes, le Choulhan Aroukh est explicite : אשה מדלקת נר חנוכה שאף היא חייבת בה — « une femme allume la bougie de Hanoucca, car elle aussi y est tenue ». Le même séif écarte l'allumage d'un enfant qui n'a pas atteint l'âge de l'éducation, et le Rama en tire la conséquence pour son usage : puisque chez nous chacun allume pour soi, l'enfant en âge d'être éduqué allume lui aussi (Orah Haïm 675:3).
Enfin, la mitsva ne cède pas devant la pauvreté : ואפילו עני המתפרנס מן הצדקה שואל או מוכר כסותו ולוקח שמן להדליק — « même un pauvre qui vit de la charité demande, ou vend son vêtement, et achète de l'huile pour allumer » (Orah Haïm 671:1).
…אין מדליקין נר חנוכה קודם שתשקע החמה אלא עם סוף שקיעתה לא מאחרים ולא מקדימים…
« On n'allume pas la bougie de Hanoucca avant que le soleil ne se couche, mais à la fin de son coucher — on ne retarde pas, et on n'avance pas. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 672:1
Que veut dire « la fin de son coucher » ? La Mishna Beroura le lit comme la sortie des étoiles — היינו צאת הכוכבים שאז העם עוברין ושבין ורואין בביתו ואיכא פרסומי ניסא, « c'est-à-dire la sortie des étoiles, car alors les gens vont et viennent et voient chez lui, et il y a publicité du miracle ». Elle signale aussitôt que beaucoup de Richonim visent le début du second coucher, « environ un quart d'heure plus tôt », et que pour ceux qui prient Arvit à son heure il est juste d'allumer avant Arvit — c'est ainsi que faisait le Gaon de Vilna (Mishna Beroura 672:1).
Le même passage ajoute un conseil très pratique pour ceux qui allument après Arvit : préparer l'huile dans les bougies avant la prière, pour pouvoir allumer aussitôt après — sinon le temps principal risque de passer.
Le Choulhan Aroukh prévoit enfin le cas de celui qui est pris : ויש מי שאומר שאם הוא טרוד יכול להדליק מפלג המנחה ולמעלה ובלבד שיתן בה שמן עד שתכלה רגל מן השוק — « certains disent que s'il est accaparé il peut allumer à partir de plag hamin'ha, à condition d'y mettre assez d'huile pour que cela brûle jusqu'à ce que les passants aient quitté le marché ».
La règle tient en une ligne, et elle surprend souvent :
בערב שבת מדליקין נר חנוכה תחלה ואח"כ נר שבת…
« La veille de Chabbat, on allume d'abord la bougie de Hanoucca, et ensuite la bougie de Chabbat. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 679:1
Le Rama précise qu'on récite les bénédictions comme en semaine, bien qu'il fasse encore grand jour. Pour l'allumage de Chabbat lui-même, voir la page qui lui est consacrée.
Le principe d'origine est tourné vers l'extérieur :
נר חנוכה מניחו על פתח הסמוך לר"ה מבחוץ…
« La bougie de Hanoucca, on la pose à l'entrée qui donne sur la voie publique, à l'extérieur. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 671:5
Le séif décline les cas : si la maison ouvre sur la voie publique, à sa porte ; s'il y a une cour devant, à la porte de la cour ; celui qui habite à l'étage, sans porte donnant sur la rue, la place à la fenêtre qui donne sur la voie publique. Et en temps de danger, il la pose sur sa table, et cela suffit.
מניחו למעלה מג' טפחים ומצוה להניחו למטה מעשרה טפחים ואם הניחו למעלה מעשרה טפחים יצא אבל אם מניחו למעלה מעשרים אמה לא יצא…
« Il la pose à plus de trois tefahim, et il y a mitsva à la poser en dessous de dix tefahim ; s'il l'a posée au-dessus de dix tefahim, il s'est acquitté — mais s'il la pose au-dessus de vingt amot, il ne s'est pas acquitté. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 671:6
Autrement dit : en dessous de dix tefahim est l'idéal, au-dessus reste valide, et vingt amot est la limite au-delà de laquelle ce n'est plus valide. Le Rama ajoute qu'on ne rattrape pas cela en descendant une hanoukia déjà allumée : c'est l'allumage qui accomplit la mitsva.
Le Choulhan Aroukh place la hanoukia dans le tefah le plus proche de la porte, à gauche — כדי שתהא מזוז' מימין ונר חנוכ' משמאל, « afin que la mezouza soit à droite et la bougie de Hanoucca à gauche » ; s'il n'y a pas de mezouza à cette porte, on la place à droite (Orah Haïm 671:7). Le Rama observe qu'aujourd'hui où l'on allume à l'intérieur il n'y a plus de perception par les passants, mais que l'usage reste d'allumer dans le tefah proche de la porte — et il donne un avertissement qu'on oublie facilement : ne pas allumer à l'endroit où l'on allume les lumières toute l'année, car alors il n'y aurait plus aucune perception du tout.
…המדליק בליל ראשון מברך שלש ברכות להדליק נר חנוכה ושעשה נסים ושהחיינו…
« Celui qui allume la première nuit récite trois bénédictions : lehadlik ner Hanoucca, she'assa nissim et shehe'heyanou. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 676:1
Le séif ajoute le rattrapage : celui qui n'a pas dit shehe'heyanou la première nuit le dit la deuxième, ou quand il s'en souvient. À partir de la deuxième nuit, deux bénédictions seulement ; et le Rama précise l'ordre : ויברך כל הברכות קודם שיתחיל להדליק — « qu'il récite toutes les bénédictions avant de commencer à allumer » (Orah Haïm 676:2). C'est l'inverse de l'usage des bougies de Chabbat, où le Rama fait bénir après l'allumage — et la Mishna Beroura y donne la raison de cette exception : bénir d'abord reviendrait à accepter Chabbat explicitement, et il serait alors interdit d'allumer (Mishna Beroura 263:27).
Après l'allumage, on dit Hanerot Halalou (Orah Haïm 676:4).
La règle est souvent résumée trop vite. Le texte, lui, est précis :
יתחיל להדליק בליל ראשון בנר היותר ימיני ובליל ב' כשיוסיף נר א' סמוך לו יתחיל ויברך על הנוסף שהוא יותר שמאלי כדי להפנות לימין…
« La première nuit, il commencera à allumer par la bougie la plus à droite. La deuxième nuit, lorsqu'il ajoute une bougie à côté d'elle, il commencera et bénira sur celle qui a été ajoutée, qui est plus à gauche, afin de se tourner ensuite vers la droite. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 676:5
Et le séif donne la raison : on bénit toujours sur la bougie ajoutée, parce qu'elle indique le miracle — car à mesure que les jours s'ajoutaient, le miracle s'ajoutait.
Avant d'allumer — chaque soir
בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם אֲשֶׁר קִדְּשָׁנוּ בְּמִצְוֹתָיו וְצִוָּנוּ לְהַדְלִיק נֵר שֶׁל חֲנֻכָּה.
Baroukh ata Ado-naï Élo-hénou mélekh ha'olam, asher kidechanou bemitsvotav vetsivanou lehadlik ner shel Hanoucca.
« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui nous as sanctifiés par Ses commandements et nous as ordonné d'allumer la lumière de Hanoucca. »
Puis, chaque soir également
בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם שֶׁעָשָׂה נִסִּים לַאֲבוֹתֵינוּ בַּיָּמִים הָהֵם בַּזְּמַן הַזֶּה.
Baroukh ata Ado-naï Élo-hénou mélekh ha'olam, shé'assa nissim laavoténou bayamim hahem bazman hazé.
« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui as fait des miracles pour nos pères, en ces jours-là, à cette époque. »
La première nuit seulement, on ajoute
בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ אֱלֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם שֶׁהֶחֱיָנוּ וְקִיְּמָנוּ וְהִגִּיעָנוּ לַזְּמַן הַזֶּה.
Baroukh ata Ado-naï Élo-hénou mélekh ha'olam, shéhé'héyanou vekiyemanou vehigianou lazman hazé.
« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui nous as fait vivre, nous as maintenus et nous as fait parvenir à cette époque. »
Texte du siddour — Daat Siddur Ashkenaz. La graphie du Nom divin est celle de cette édition.
C'est ce qui explique la bougie en trop sur toutes les hanoukiot :
…אסור להשתמש בנר חנוכ' בין בשב' בין בחול ואפי' לבדוק מעות או למנותן לאורה אסור…
« Il est interdit de se servir de la lumière de Hanoucca, que ce soit à Chabbat ou en semaine ; même examiner des pièces ou les compter à sa lumière est interdit. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 673:1
Le séif étend l'interdit à un usage saint — étudier à sa lumière — tout en rapportant un avis qui le permet, puis décrit l'usage d'allumer une bougie supplémentaire, placée un peu à l'écart, pour que tout usage éventuel se fasse à sa lumière. Le Rama donne la forme que nous connaissons : מניח אצלן השמש שבהן מדליק הנרות והוא עדיף טפי ויש לעשותו יותר ארוך משאר נרות — « on place à côté d'elles le chamach, avec lequel on allume les bougies ; c'est préférable, et il convient de le faire plus long que les autres ».
שכח או הזיד ולא הדליק עם שקיעת החמה מדליק והולך עד שתכלה רגל מן השוק שהוא כמו חצי שעה…
« S'il a oublié, ou s'il a délibérément omis d'allumer au coucher du soleil, il allume encore jusqu'à ce que les passants aient quitté le marché — ce qui représente environ une demi-heure. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 672:2
Le séif explique que ce laps est celui où « les gens vont et viennent, et il y a publicité du miracle » — d'où la quantité d'huile à prévoir. Le Rama observe qu'aujourd'hui où l'on allume à l'intérieur, il n'est plus nécessaire d'y veiller strictement, mais qu'il est bon d'y veiller tout de même.
Au-delà, le Choulhan Aroukh donne deux réponses nettes : אבל אם עבר זה הזמן ולא הדליק מדליק והולך כל הלילה — « si ce temps est passé et qu'il n'a pas allumé, il allume encore toute la nuit » ; mais אם עבר כל הלילה ולא הדליק אין לו תשלומין — « si toute la nuit est passée sans qu'il ait allumé, il n'y a pas de rattrapage ». Le Rama ajoute l'essentiel pour la suite : les nuits suivantes, il allume comme tout le monde, même s'il n'a pas allumé la première.
La Mishna Beroura pose la condition qui décide, en pratique, si l'on récite encore les bénédictions à une heure tardive : jusqu'à l'aube et avec bénédiction, mais seulement si les membres du foyer sont éveillés ; s'ils dorment, on allume sans bénédiction. Et si l'on rentre avant l'aube et qu'on les trouve endormis, il est juste de les réveiller afin de pouvoir allumer avec les bénédictions (Mishna Beroura 672:11).
Enfin, celui qui n'allume pas du tout et pour qui personne n'allume à la maison n'est pas laissé de côté : lorsqu'il voit une bougie de Hanoucca, il récite she'assa nissim, et la première nuit également shehe'heyanou (Orah Haïm 676:3).
…כל השמנים והפתילות כשרים לנר חנוכה…
« Toutes les huiles et toutes les mèches conviennent pour la bougie de Hanoucca. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 673:1
Le Rama hiérarchise : l'huile d'olive est la manière la plus accomplie d'accomplir la mitsva ; à défaut, les huiles dont la lumière est claire et nette ; et il note l'usage de son pays d'allumer avec des bougies de cire, car leur lumière est limpide comme celle de l'huile.
Une remarque du Choulhan Aroukh au même endroit vaut d'être connue : même le vendredi soir de Hanoucca, on peut allumer la bougie de Hanoucca avec des huiles et des mèches qu'il est interdit d'employer pour la bougie de Chabbat — précisément parce qu'on ne se sert pas de sa lumière.
…ונוהגות הנשים שלא לעשות מלאכה בעוד שהנרות דולקות…
« Les femmes ont l'usage de ne pas faire de travail tant que les bougies brûlent. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 670:1
Le même séif rappelle le cadre général de la fête : les huit jours commencent le 25 Kislev, l'éloge funèbre et le jeûne y sont interdits — mais le travail y est permis. Il rapporte enfin un avis pour lequel on ne doit pas alléger cet usage des femmes.
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