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Les bénédictions sur les aliments

Chaque aliment appelle sa bénédiction, et la logique est plus simple qu'il n'y paraît : elle suit l'origine de l'aliment. Cette page reprend les règles une à une, avec le texte du Choulhan Aroukh qui les fonde, puis traite les cas où l'on hésite — plusieurs aliments à la fois, un plat accompagné, une petite quantité. Les noms des bénédictions se translittèrent de plusieurs façons — brakha, braha, berakha ; shehakol ou chehakol ; haetz et haadama pour ha'etz et ha'adama — et la bénédiction finale la plus courante est boré nefachot (aussi écrit bore nefashot).

Sur cette pageLa logique d'ensembleLe texte des bénédictionsLes fruits de l'arbre — et le vinLes fruits de la terreShehakol : tout ce qui ne pousse pas de la terreLes cinq céréales : mezonotPlusieurs aliments devant soi : lequel bénir d'abord ?Un plat et son accompagnementNe pas interrompre entre la bénédiction et la première bouchéeAprès avoir mangé : la question de la quantité

La logique d'ensemble

La bénédiction dépend de d'où vient l'aliment, et non de son goût ni de sa place dans le repas :

Le reste de cette page détaille chacun de ces cas et ce qui se passe quand plusieurs se présentent en même temps.

Le texte des bénédictions

Voici la formule de chacune, telle qu'elle figure au siddour, avec sa prononciation et sa traduction. La même ouverture — Baroukh ata Ado-naï Élo-hénou mélekh ha'olam — « Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers » — ouvre les six.

Sur le pain

בָּרוּךְ אַתָּה יְ‑יָ אֱ‑לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם הַמּוֹצִיא לֶחֶם מִן הָאָרֶץ:

Baroukh ata Ado-naï Élo-hénou mélekh ha'olam, hamotsi lé'hem min ha'arets.

« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui fais sortir le pain de la terre. »

Sur les cinq céréales — gâteaux, pâtes, biscuits

בָּרוּךְ אַתָּה יְ‑יָ אֱ‑לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת:

Baroukh ata Ado-naï Élo-hénou mélekh ha'olam, boré miné mezonot.

« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui crées différentes sortes de nourritures. »

Sur le vin

בָּרוּךְ אַתָּה יְ‑יָ אֱ‑לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם בּוֹרֵא פְּרִי הַגָּפֶן:

Baroukh ata Ado-naï Élo-hénou mélekh ha'olam, boré peri hagafen.

« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui crées le fruit de la vigne. »

Sur les fruits de l'arbre

בָּרוּךְ אַתָּה יְ‑יָ אֱ‑לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם בּוֹרֵא פְּרִי הָעֵץ:

Baroukh ata Ado-naï Élo-hénou mélekh ha'olam, boré peri ha'ets.

« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui crées le fruit de l'arbre. »

Sur les fruits de la terre — légumes

בָּרוּךְ אַתָּה יְ‑יָ אֱ‑לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם בּוֹרֵא פְּרִי הָאֲדָמָה:

Baroukh ata Ado-naï Élo-hénou mélekh ha'olam, boré peri ha'adama.

« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui crées le fruit de la terre. »

Sur tout le reste — viande, poisson, œufs, laitages, boissons

בָּרוּךְ אַתָּה יְ‑יָ אֱ‑לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם שֶׁהַכֹּל נִהְיָה בִּדְבָרוֹ:

Baroukh ata Ado-naï Élo-hénou mélekh ha'olam, shéhakol nihya bidvaro.

« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, par la parole de qui tout a été fait. »

Après avoir mangé fruits, légumes ou bu — la bénédiction finale

בָּרוּךְ אַתָּה יְ‑יָ אֱ‑לֹהֵינוּ מֶלֶךְ הָעוֹלָם בּוֹרֵא נְפָשׁוֹת רַבּוֹת וְחֶסְרוֹנָן עַל כָּל מַה שֶׁבָּרָאתָּ לְהַחֲיוֹת בָּהֶם נֶפֶשׁ כָּל חָי בָּרוּךְ חֵי חַי הָעוֹלָמִים:

Baroukh ata Ado-naï Élo-hénou mélekh ha'olam, boré nefachot rabot vé'hesronan, al kol ma shébarata léha'hayot bahem néfech kol haï. Baroukh haï ha'olamim.

« Béni sois-Tu, Éternel notre Dieu, Roi de l'univers, qui crées des êtres nombreux et ce dont ils manquent, pour tout ce que Tu as créé afin de faire vivre par eux l'âme de tout vivant. Béni soit le Vivant des mondes. » L'édition citée juxtapose les deux lectures reçues du dernier mot, 'hé et 'haï.

Texte du siddour — Daat Siddur Ashkenaz. La graphie du Nom divin est celle de cette édition.

Les fruits de l'arbre — et le vin

…על כל פירות האילן מברך בתחילה בורא פרי העץ חוץ מהיין שמברך עליו בפה"ג…
« Sur tous les fruits de l'arbre, on récite d'abord borei peri ha'etz — à l'exception du vin, sur lequel on récite borei peri hagafen. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 202:1

Le séif précise que le vin garde sa bénédiction qu'il soit pur, coupé, ou épicé au miel et au poivre. Le Rama ajoute une règle utile pour les mélanges : si du vin est mêlé à une autre boisson, on suit la majorité — majorité de vin, hagafen ; majorité d'autre chose, shehakol.

Les fruits de la terre

La règle tient en quelques mots :

…על פירות הארץ מברך בפה"א…
« Sur les fruits de la terre, on récite borei peri ha'adama. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 203:1

C'est la bénédiction des légumes et de tout ce qui pousse à même le sol.

Shehakol : tout ce qui ne pousse pas de la terre

Le Choulhan Aroukh ouvre le siman par une longue énumération, qui dit bien la logique du shehakol — il couvre ce dont la croissance ne vient pas de la terre :

…על דבר שאין גידולו מן הארץ כגון בשר בהמה חיה ועוף דגים ביצים חלב גבינה…ועל המלח ועל מי מלח ועל המרק ועל כמיהין ופטריות…מברך שהכל…
« Sur ce dont la croissance ne vient pas de la terre — la viande de bétail, de gibier et de volaille, le poisson, les œufs, le lait, le fromage […], le sel, l'eau salée, le bouillon, les truffes et les champignons […] — on récite shehakol. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 204:1

La même liste range dans le shehakol deux catégories qu'on n'y attend pas forcément : le pain moisi, et un plat dont la forme a changé au point d'être gâté. Autrement dit, un aliment qui a perdu son état d'origine peut perdre aussi sa bénédiction d'origine.

Les cinq céréales : mezonot

חמשת מיני דגן ששלקן או כתשן ועשה מהם תבשיל…מברך עליו בורא מיני מזונות ולבסוף על המחיה…
« Les cinq espèces de céréales que l'on a cuites ou pilées et dont on a fait un plat […] : on récite borei miné mezonot, et à la fin al hamihya. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 208:2

Le séif ajoute deux précisions décisives pour les plats composés. D'abord, la céréale garde la main même minoritaire : même si l'on y a mêlé beaucoup plus de miel ou d'autres ingrédients, la bénédiction reste mezonot. Ensuite, la limite : si la céréale n'a été ajoutée que pour lier ou épaissir le plat, elle s'efface et ne détermine plus la bénédiction.

Le pain, lui, relève de HaMotsi — et appelle d'abord le lavage des mains : voir la page consacrée à la netilat yadayim.

Plusieurs aliments devant soi : lequel bénir d'abord ?

Le Choulhan Aroukh distingue deux situations, et c'est la distinction qu'on oublie le plus souvent.

Quand les bénédictions sont les mêmes

S'il y a parmi les aliments l'une des sept espèces d'Erets Israël, elle passe en premier — même si un autre aliment vous plaît davantage. S'il n'y en a aucune, on commence par celui que l'on préfère.

Quand les bénédictions diffèrent

…ואם אין ברכותיהן שוות אפי' יש בהן ממין שבעה כגון צנון וזית איזה מהם שירצ' יקדים ואפי' אינו חביב וי"א שגם בזה צריך להקדי' החביב…
« Et si leurs bénédictions ne sont pas les mêmes — même si l'un d'eux fait partie des sept espèces, comme un radis et une olive — il commence par celui qu'il veut, même s'il ne le préfère pas. Et certains disent que là aussi il faut commencer par celui qu'il préfère. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 211:1

Le séif définit enfin ce qu'on entend par « préféré » : l'espèce que l'on aime habituellement, même si sur le moment on a envie de l'autre.

Un plat et son accompagnement

Quand un aliment n'est là que pour en accompagner un autre, il ne reçoit pas de bénédiction propre :

…כל שהוא עיקר ועמו טפילה (פירוש דבר בלתי נחשב) מברך על העיקר ופוטר את הטפילה בין מברכה שלפניה בין מברכה שלאחריה…
« Tout ce qui est principal et accompagné d'un accessoire : on bénit sur le principal et l'on exempte l'accessoire — pour la bénédiction d'avant comme pour celle d'après. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 212:1

Le Choulhan Aroukh pousse l'exemple jusqu'au bout : même le pain peut être l'accessoire. Celui qui mange un poisson salé et prend du pain avec lui simplement pour ne pas s'irriter la gorge bénit sur le poisson — et le pain est exempté. Le Rama rapporte un avis selon lequel, si l'accessoire est celui qu'on préfère, on bénit d'abord sur lui.

Le séif précise que cette règle vaut que les deux soient mélangés ou non.

Ne pas interrompre entre la bénédiction et la première bouchée

כל אלו הברכו' צריך שלא יפסיק בין ברכ' לאכיל'…
« Pour toutes ces bénédictions, il ne faut pas interrompre entre la bénédiction et la consommation. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 206:3

Le Rama chiffre l'interruption : au-delà du temps d'une parole (kedei dibbour). Le même séif ajoute deux points souvent utiles :

Après avoir mangé : la question de la quantité

…האוכל פחות מכזית בין מפת בין משאר אוכלים והשותה פחות מרביעית…מברך תחלה ברכה הראויה לאותו המין ולאחריו אינו מברך כלל…
« Celui qui mange moins d'un kazayit — de pain comme de tout autre aliment — et celui qui boit moins d'une revi'it […] récite d'abord la bénédiction qui convient à cette espèce, mais ne récite ensuite aucune bénédiction. »Choulhan Aroukh, Orah Haïm 210:1

Le séif signale ensuite un doute que la halakha prend au sérieux : pour un aliment entier — un grain de raisin, un grain de grenade — certains estiment qu'on récite la bénédiction finale même en dessous d'un kazayit. D'où le conseil du Choulhan Aroukh : mieux vaut éviter de manger un aliment entier en quantité inférieure à un kazayit. Le Rama précise qu'un aliment n'est « entier » que s'il est mangé tel quel : lui ôter son noyau lui fait perdre ce statut.

Sources

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