BIRKAT HAMAZON — LES SUBTILITÉS DU NOSSAH : MAGDIL, MAGDOL, HARAKHAMAN ET LES AJOUTS SELON LES JOURS
LA QUESTION DU NOSSAH : MAGDIL OU MAGDOL ?
L'une des questions les plus fréquentes concernant la Birkat HaMazon touche à un seul mot : faut-il dire "מַגְדִּיל יְשׁוּעוֹת מַלְכּוֹ" (Magdil) ou "מַגְדּוֹל יְשׁוּעוֹת מַלְכּוֹ" (Magdol) ?
La réponse dépend du jour et de la nature de la soudée.
La source de cette divergence est purement textuelle : le mot Magdil — avec un youd — est le ketiv (la forme écrite dans le texte du Livre de Samuel II, chapitre 22, verset 51). Mais le qéri — la façon dont ce verset se lit — est Magdol, sans youd. Ce phénomène classique de "qéri oukhtiv" est donc ici au cœur d'un débat sur quel registre — écrit ou oral — doit primer dans la Birkat HaMazon.
La pratique codifiée est la suivante :
🔹 Les jours de semaine ordinaires → on dit Magdil (avec youd), en suivant le ketiv, la forme écrite du texte.
🔹 Chabbat, Roch Hodech, Yom Tov, Hol HaMoed → on dit Magdol (sans youd), en suivant le qéri, la forme lue. Ces jours possèdent une sainteté particulière qui fait pencher vers la lecture orale.
🔹 Soudée de Siyyoum (achèvement d'un traité talmudique) → on dit également Magdol, car la sainteté de la Mitsva présente dans ce repas lui confère une "lumière" comparable à celle des jours saints, comme le précise le Kaf HaHayim.
LES AJOUTS À LA BIRKAT HAMAZON SELON LES JOURS
La Halakha distingue plusieurs insertions selon la sainteté du jour :
🔹 Chabbat — "Retsé VeHahalitsenu"
Les Sages ont institué l'obligation de mentionner la sainteté du jour dans la Birkat HaMazon. A Chabbat, on insère Retsé VeHahalitsenu dans la troisième bénédiction (Boneih Yerushalayim). La formulation correcte selon le Yalkout Yossef inclut les mots "כִּי יוֹם גָּדוֹל וְקָדוֹשׁ" (ki yom gadol vékadoch).
🔹 Yom Tov, Hol HaMoed, Roch Hodech — "Yaale VeYavo"
Ces trois occasions requièrent l'insertion de Yaale VeYavo. La raison spirituelle est profonde : l'alimentation en ces jours n'est pas une simple alimentation matérielle, elle est investie d'une mitsva et d'une sainteté supplémentaires — il convient donc de l'exprimer dans la bénédiction.
🔹 Si l'on a oublié l'insertion — doit-on recommencer ?
Le Péné HaHalakha (rav Eliezer Melamed) pose la règle avec clarté : tout dépend de l'obligation de manger du pain lors de ce repas. Si le repas était obligatoire en pain (comme les trois repas de Chabbat ou les repas de Yom Tov), l'oubli oblige à recommencer la Birkat HaMazon depuis le début. Si le repas n'était pas obligatoirement accompagné de pain, on ne recommence pas.
Pour Roch Hodech spécifiquement : les Séfaradim récitent une bénédiction de substitution courte ("Baroukh shénatan rachéy hodachim…"), tandis que les Achkénazim récitent une formulation plus longue avec Baroukh Ata Hachem — conformément au Choulhan Aroukh et au Mishna Beroura.
LA DIMENSION KABBALISTIQUE DE MAGDOL ET MAGDIL
Les sources kabbalistiques offrent une lecture saisissante de cette alternance. Le ketiv (Magdil — avec youd) renvoie à la lettre youd, symbole de la Hokhmah (sagesse supérieure), lumière cachée et intérieure. Le qéri (Magdol — vocalisation holam) renvoie à la vav et au holam, symboles d'une lumière qui se déploie et se révèle vers l'extérieur.
Ainsi, les jours saints — Chabbat, Yom Tov — sont des jours où la lumière divine se révèle dans le monde (or makkif, lumière englobante). On passe alors du ketiv caché au qéri révélé : Magdol. En semaine, la lumière est davantage intérieure et cachée : Magdil.
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